By S. - En marche à la suite de Christ

(Blog chrétien - le carnet d'un pèlerin)

dimanche 14 février 2021

6ème Dimanche du Temps Ordinaire — Année B

 

 

Textes du jour :   Lv 13, 1-2.45-46  Ps 31 (32)   /   1Co 10, 31 – 11, 1 / Mc 1, 40-45

 

Aujourd’hui, Dimanche 14 février, 6ème dimanche du Temps Ordinaire de l'année B, la puissance salvifique de notre Dieu est encore à l’œuvre. Mieux, les textes liturgiques nous enseignent sur la réponse de Dieu au mal par excellence : le péché, dont la lèpre est le symbolisme biblique le plus éloquent. De plus, le Seigneur nous invite aujourd’hui à aller à la rencontre de ceux qui souffrent en imitant le Christ.

Cela dit mes frères, mes sœurs, pour une meilleure compréhension du message que le Seigneur nous livre en ce jour, notre méditation voudrait adopter une structuration en  trois (3) parties.

  • La première partie fera écho à l’Ancien Testament en se penchant sur la nature de la lèpre et sur la figure du lépreux.
  • Le second axe verra la lèpre comme symbolisme du péché et la réponse du Christ à ce mal.
  • Enfin, le troisième pan de notre méditation nous invitera à porter les infirmités, les fragilités les uns des autres.


Abordons donc le premier point qui est la nature de la lèpre et la figure du lépreux.

Dans la Bible, on appelle lèpre plusieurs affections cutanées particulièrement contagieuses ; porte aussi le nom de lèpre, la moisissure des murs et des vêtements (Lv 13, 47 ; 14, 33).

Dans la première lecture, le Seigneur ne dit pas le contraire quand Il présente la lèpre comme une tumeur, une inflammation ou une pustule. Mais, plus qu’une simple irruption cutanée, la lèpre est le signe de l’impureté, l’expression d’un châtiment divin. On retrouve cette idée dans le Livre de l’Exode où le Seigneur frappa les Égyptiens avec ce fléau. Ainsi, en tant que châtiment divin, la lèpre délimite la frontière entre le pur et l’impur, entre celui qui a la faveur de Dieu et celui qui ne l’a pas. La lèpre avait donc une connotation spirituelle. L’on comprend pourquoi dans la première lecture, la tâche de légiférer en la matière est confiée aux prêtres. Comme conséquence, le lépreux est mis à l’écart de la communauté, en vue de limiter la contagion : c’est une mise en quarantaine comme c’est le cas avec notre actuelle Covid. Mais au-delà d’un tel isolement, le lépreux perd sa dignité de fils d’Israël. Il n’est plus membre de la communauté. Il ne sera rétabli qu’après constatation de la guérison par un prêtre. Or, vu son caractère mystérieux et dégradant, qui faisait penser à un châtiment divin, la guérison de la lèpre ne pouvait  provenir que d’un miracle. Qui dit miracle, dit action de Dieu, dit expression de la volonté, de la bonté du Seigneur.

Cette conception justifie l’attitude du lépreux. Il tombe aux pieds de Jésus en  lui disant « Si tu le veux, tu peux me purifier ». En effet, il a vu en Jésus le Prophète Puissant capable de porter les infirmités de son peuple en lui apportant la guérison, surtout la guérison de l’âme. Il a compris que le Christ n’est pas venu pour condamner, mais sauver ce qui était perdu. Il croit de tout son cœur que Dieu se tourne vers la prière de celui qui crie vers Lui en reconnaissant son péché, comme l’atteste le psaume 31 que nous avons médité.

Mes frères, mes sœurs, remarquons les termes utilisés par le lépreux : il ne parle pas de guérison, mais plutôt de purification. Et, l’évangéliste Marc ne nous dit rien sur l’origine de cet homme. De ce fait, puisque la lèpre est le symbolisme biblique d’un mal plus grave qu’est le péché qui demande purification, cet homme qui tombe à genoux devant Jésus, c’est chacun de nous. Oui ! C’est toi, c’est moi que le péché tient loin de la communauté chrétienne. C’est toi, c’est moi, c’est chacun de nous avec son poids de péchés et ses faiblesses.

Ainsi, entamons-nous le second point de notre méditation intitulé la réponse de Jésus face au péché

Comme cet homme, le Seigneur veut que nous nous approchions de Lui, que nous Le supplions à genoux en faisant preuve d’une grande foi. Et Lui qui est riche en miséricorde ne fera que tendre la main et nous toucher afin de nous purifier.

Aujourd’hui, cette miséricorde et cette main tendue de Dieu qui pardonne ce sont les prêtres et les évêques à qui Dieu, par le ministère de l’Église, a donné le pouvoir d’absoudre les péchés. Ne restons pas sur nos ornières, aveuglés par nos péchés. Ayons assez de foi pour croire que derrière le prêtre qui nous accueille, c’est Dieu Lui-même qui veut refaire les liens et nous rétablir dans notre dignité d’enfant bien-aimé. 

Mes frères, mes sœurs, Jésus n’a pas peur de nous toucher ; Il n’a pas peur de nous prendre dans ses bras. Car Il est plus grand que tous nos péchés réunis. Il ne craint pas d’être souillé par nos péchés. C’est nous-mêmes qui risquons de nous souiller davantage si nous continuons de douter de la puissance de sa miséricorde. Son amour souffre de nous savoir loin de son Église à cause de nos péchés ; allons donc puiser à cette source de pardon gracieusement offert. Et il faut, nous y convier mutuellement par nos actes de chaque jour.


Cela dit, nous tendons vers le dernier aspect de notre méditation qui voudrait nous inviter à porter les faiblesses, les infirmités les uns des autres. Loin de nous l’idée de vouloir justifier les péchés d’autrui. Mais, le constat est là, amère, certaines situations de péché sont dues à un manque de charité de la part des chrétiens. Ce manque de charité se perçoit à un double niveau :

  • indifférence et orgueil de celui qui a besoin d’être aidé et qui ne le fait pas ;
  • indifférence et orgueil de l’autre qui a les talents pour aider et ne fait pas non plus.

Comme Saint Paul, il faut aller à la rencontre de tous et de chacun. Le Christ a brisé le mur de la ségrégation par l’amour, qui sommes-nous pour le reconstruire ? 

Alors, il nous faut ouvrir les yeux et constater que notre société postmoderne sécrète de nouveaux lépreux. Ces nouveaux types de lépreux, ce sont ces personnes se réfugiant dans les bidonvilles parce que trop pauvres ; ce sont ces malades souffrants de maladies incurables ou non dans les hôpitaux et dans les familles ; ce sont aussi ces autres personnes, qui, trop riches de biens matériels, sont hélas pauvres d’amour vrai et d’amitié sincère ; ce sont ces jeunes hommes et jeunes filles qui sont à la recherche de sensations de plus en plus fortes par toutes sortes de vices, parce que n’ayant pas eu la grâce d’apprendre le don de soi pour une vie plus lumineuse et plus épanouie.

Les lépreux d’aujourd’hui, ce sont ces personnes devenues seules à cause de la perte d’un être cher ou des blessures intérieures et qui ont peur de s’ouvrir. Ce sont aussi ces hommes et ces femmes qu’on catalogue ou qu’on étiquette négativement dans nos villes et quartiers. La liste n’est pas exhaustive. Et chacun, comme Jésus, devra toucher son prochain en lui apportant la lumière de la vie que seul Jésus peut offrir. Soyons dans la joie avec ceux qui sont dans la joie ; pleurons avec ceux qui pleurent, par notre présence et nos prières.

Oui ! Jésus attend que nous brisions les barrières de la peur et de la haine en étendant la main vers nos frères en détresse. Seule la contagion de l’amour peut vaincre celle du péché qui ronge notre société. Demandons cette grâce au Seigneur qui vit et règne maintenant et pour les siècles des siècles !


Abbé Marie Daniel AKON

Prêtre de l' Archidiocèse d'Abidjan, Côte d'Ivoire




dimanche 7 février 2021

 

5ème Dimanche du Temps Ordinaire — Année B

 

 Textes du jour :   Jb 7, 1-4.6-7  Ps 146 (147a)   /  1 Co 9, 16-19.22-23  / Mc 1, 29-39

 

Chers frères et sœurs, les textes soumis à notre méditation en ce jour, nous rappelle la présence de Dieu dans notre vie.


Dans la première lecture, Job dit et redit sa souffrance, physique, psychologique et morale. L’angoisse ne cesse de grandir dans son cœur face à cette souffrance qui l’accable. Celle-ci fait partie intégrante de son existence.

N’oublions pas qu’à l’époque de Job, il y avait la logique de la rétribution, où Dieu rend à l’homme selon ses œuvres et il rétribue chacun selon sa conduite.

Mais, Job était un homme juste, qui a mené sa vie avec droiture et ne méritait pas cette punition. Pourquoi donc cette souffrance ?

La légitimité de la souffrance que vit Job n’est pas la question à se poser. Regardons plutôt l’attitude de Job.

En effet, cette apparente injustice ne l’a pas empêché d’accepter sa souffrance et d’affirmer que : « Dieu ne peut être que juste ». Cette phrase traduit sa grande confiance en le projet et la miséricorde infinie de Dieu. C’est en cela que Job est un Homme Juste devant Dieu : il fait confiance au Seigneur.


La souffrance endurée par Job est la nôtre aujourd’hui. A tout instant, nous sommes confrontés au malheur qu’importe notre état de vie. Nous endurons chaque jour notre condition d’homme, limité dans le temps et dans les possibilités.

Dans nos hôpitaux, dans l’angoisse et la solitude des mourants, dans la misère des lieux de la faim et de la soif, dans la violence de nos guerres et de nos barbaries etc., nous faisons l’expérience de la souffrance. Le cri de Job est le même que le nôtre aujourd’hui.

Nombreux sommes-nous qui :

  • mettons l’existence et l’amour de Dieu en cause face à certaines souffrances
  • courons d’églises en églises, de marabouts en féticheurs,
  • n’hésitons pas à entrer dans des sectes exotériques pour fuir la souffrance.

Mais Job nous donne un message, celui de ne pas nous abstenir de crier, tout en demeurant confiant, tenant la main de Dieu puisqu’Il est avec nous tous les jours  jusqu’à la fin du monde.


Dieu est présent à nos côtés dans tous les moments de notre vie et c’est à nous d’en faire l’expérience.


C’est fort de cela que dans cet épisode de l’évangile de saint Marc, Dieu a pris notre condition humaine pour rappeler qu’Il se charge de nos douleurs et en même temps de nos péchés, afin de nous en libérer. A l’instar de la belle-mère de Simon, Jésus continue de nous prendre par la main pour nous relever de la souffrance et de tous les maux qui nous affaiblissent. Il est présent pour nous délivrer et nous sauver. C’est à juste titre que Paul Claudel affirmait : « Dieu n’est pas venu supprimer la souffrance. Il n’est même pas venu l’expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence ».

Parce que cette présence de Dieu, fait de nous des témoins authentiques, nous devons la communiquer à nos frères et sœurs. Et l’apôtre Paul dans sa première lettre au Corinthien nous invite à annoncer l’Evangile. En effet, nous ne devons pas nous contenter de bénéficier de la présence de Dieu, nous nous devons, plutôt, de la partager à toutes ces personnes souffrantes aussi bien dans leur chair que dans leur âme. Nous devons témoigner de son amour qui veut et peut sauver tout homme.


Ce n’est qu’en reconnaissant la présence véritable de Dieu dans tous les moments de notre existence, en acceptant de nous laisser sauver par lui et en étant des témoins de son Evangile, que nous pourrons reprendre avec le psalmiste : « il est bon de fêter Dieu, il est beau de chanter sa louange : il guérit les cœurs brisés et soigne les blessures »




Puisse le Seigneur nous remplir de sa Présence et nous aider à lui rester fidèle durant toute notre vie. Amen !

 

Abbé Ange Camille COULIBALY,

Stagiaire à la Paroisse Sacré Cœur de Kossandji,

Archidiocèse d’Abidjan

 

dimanche 29 novembre 2020


1er Dimanche de l’Avent – Année B


Textes du jour : Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7  Ps 79 (80)   /  1 Co 1, 3-9 / Mc 13, 33-37 


Frères et sœurs bien-aimés,

l’Eglise universelle célèbre en ce jour, le premier dimanche de l’avent, qui est le tout premier de l’année liturgique ‘’B’’. Nous pouvons donc souhaiter une heureuse et sainte année à chacun. Le temps de l’avent que nous commençons aujourd’hui ouvre notre marche vers Noël, où nous allons accueillir l’enfant Jésus, l’Emmanuel. Ce temps est donc celui de l’attente ; non pas une attente triste, mais une attente joyeuse, puisque nous savons qu’elle nous ouvre à l’accueil notre sauveur.

Dans la première lecture, le prophète Isaïe nous invite à désirer et à appeler de tous nos vœux cet avènement : « Reviens Seigneur, à cause de tes serviteurs. Pourquoi nous laisser errer ? Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ?»

Ces paroles du prophète sont en réalité le cri de tout un peuple qui attend impatiemment son libérateur. Ce ne sont donc pas seulement des paroles du bout des lèvres, mais l’expression du plus profond désir du cœur ; le coeur de ce peuple qui reconnait sa faute et son égarement et qui désire revenir vers le Seigneur pour s’abandonner à sa volonté, puisqu’il le reconnait comme son père. C’est ce que laisse entrevoir la fin de cette première lecture : « Seigneur, c’est toi notre Père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de tes mains ».

Bien-aimés, tout comme ce peuple, nous sommes invités à prendre conscience de notre égarement. De fait, par nos nombreux péchés, nous nous sommes parfois éloignés et égarés loin du Seigneur. Il est temps de revenir à lui, non pas de façon superficielle, mais de tout notre cœur, en reconnaissant que c’est lui notre seul et vrai Sauveur, et que sans lui nous sommes perdus ; puisque sans Dieu nos vies ne sont que peines et misères ! Apprenons à redire très souvent le refrain du Psaume 79 que nous propose la liturgie de ce jour : « Dieu, fais nous revenir ; que ton visage s’éclaire et nous serons sauvés ».

Frères et sœurs, cette attente du Seigneur à laquelle nous sommes invités, ne se fait pas dans la passivité, la distraction et la somnolence, mais dans la veille ; c’est l’essentiel du message de l’extrait de l’Evangile de ce jour. Le Christ dit, en effet : prenez garde, restez éveillés… car vous ne savez pas quand vient le maître…, il ne faudra pas qu’il vous trouve endormis. C’est dire que la veille dont il question ici elle celle du cœur, et non pas une invitation à nous priver, de façon abusive, du sommeil qui est indispensable pour notre équilibre et notre santé. Il s’agit donc pour nous de ne pas nous laisser distraire par séduction de ce monde au risque de passer à côté de l’essentiel. Le danger est d’autant plus réel que beaucoup sont plus portés à préparer l’aspect matériel au détriment de l’aspect spirituel. Ils prennent soin de leurs corps et laissent leurs cœurs pourrir dans le mal et l’iniquité. Bien-aimés, le temps de l’avent dure quatre semaines et c’est le temps pour nous de nous préparer, en prenant des petites décisions. Oui chacun de nous doit entrer dans ce temps avec des objectifs, pour une purification progressive, en vue d’accueillir dans un cœur saint, Celui qui est Saint : l’Emmanuel, le Fils de Dieu fait homme.

En effet, le Christ vient dans nos cœurs et nous devons lui préparer une place digne en menant une vie convenable.

Saint Paul dans la deuxième lecture de ce jour, en s’adressant aux fidèles du Christ qui sont à Corinthe, s’adresse également à nous. Il nous rappelle que c’est du Christ que nous recevons toutes les grâces nécessaires. Il nous faut donc nous tourner vers lui, car c’est lui qui nous ferra tenir fermement jusqu’au bout. Sans lui nous ne pouvons pas tenir. Ne doutons pas de lui, il est fidèle et il ne nous décevra pas si nous mettons notre confiance en lui ; il est bien là avec nous, il partage nos peines et nos joies, et c’est lui qui nous fait vivre.

Mon frère, ma sœur,

  • Quelle(s) petite(s) décision(s) prends-tu en entrant dans ce temps de l’Avent ?
  • Comment comptes-tu le vivre cette année ?

 Dans tous les cas, tu as grand intérêt à rester éveillé et à ne pas abandonner la prière, car c’est elle qui t’aidera à tenir bon.

 

Frères et Sœurs, travaillons et prions, ainsi nous hâterons la venue de Celui qui remettra à son Père un Royaume éternel et universel, Royaume de vérité et de vie, Royaume de sainteté et de grâce, Royaume de justice, d’amour et de paix.

Que Notre Dame nous y aide, afin que son Fils en arrivant nous trouve digne de l’accueillir. Lui notre frère et notre Dieu qui est vivant et qui nous aime maintenant et pour les siècles des siècles Amen.

 

Abbé Charles AKITIO

Diocèse de Bafoussam-Cameroun





dimanche 22 novembre 2020

SOLENNITE DU CHRIST ROI DE L’UNIVERS - Année A



 

Textes du jour :  Ez 34, 11-12.15-17   Ps 22 (23)   /  1 Co 15, 20-26.28  / Mt 25, 31-46


Frères et sœurs,

l’Eglise Universelle nous donne de célébrer ce dimanche, la solennité du Christ Roi de l’Univers. Pourtant les textes que la liturgie nous propose à méditer, nous présentent une royauté faite de contraires et d’oppositions.

Dans la Première lecture, le Seigneur est présenté sous les traits d’un berger attentif et soucieux du bien de son troupeau. Il rassemble le troupeau dispersé, le paît et veille sur lui. Il prend soin avec attention de chacune de ses brebis, panse et guérit les brebis blessées et malades, garde et protège celles grasses et vaillantes. Le seigneur montre ainsi l’exemple à suivre pour chaque homme qui doit veiller sur son semblable de la même façon que le Seigneur veille sur son troupeau. C’est bien ce que l’Evangile nous enseigne.

En effet, la délicatesse et l’amabilité du Seigneur sont analogues au comportement de tout homme qui doit prendre soin de son semblable affamé, assoiffé, étranger, nu, souffrant ou incarcéré. Le Seigneur Berger de son peuple est ce Roi qu’il lui faut.

Cependant, ce Bon Pasteur prend également le soin de juger entre brebis et brebis entre bélier et bouc. Saint Matthieu reprend à son compte cette assertion dans l’introduction de la Bonne Nouvelle qu’il nous annonce en ce jour. « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, … il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche ». Le fils de l’homme apparaît avec beaucoup d’humilité et de simplicité. Il n’hésite pas à prendre l’image et l’aspect du faible. Il s’identifie au malheureux pour fonder son jugement. Voilà qui nous emmène à nous interroger sur notre rapport avec les plus faibles, les malheureux, les laissés pour compte etc…. Sommes-nous capables aujourd’hui de les identifier et surtout de leur venir en aide ? Voyons-nous en nos frères et sœurs le visage du Christ, Roi en habits de mendiant, Juge de la Charité et de l’amour reçus de lui et que nous avons le devoir d’offrir au monde ? Ou bien attendons-nous le temps de carême pour répondre à haute voix : « prends pitié de nous Seigneur » quand le refrain de ce cantique nous dira : « Sous l’habit du mendiant j’ai frappé à ta porte oh mon peuple, mais tu m’as renvoyé sans partager ton pain… ». Le temps est encore favorable pour un repentir sincère et pour une remise en question de notre attitude vis-à-vis des autres mais plus encore pour une conversion véritable afin de ne pas être jugé indigne de partager la gloire du Seigneur dans le Royaume des Cieux.

Cette gloire, Saint Paul Apôtre nous en livre quelques traits dans la seconde lecture tirée de sa première lettre aux chrétiens de Corinthe. A l’inverse des deux autres lectures, le Fils de Dieu est découvert sous l’aspect d’un triomphateur. Le Christ est vainqueur de la mort et du péché qui sont entrés dans le monde par la faute d’Adam. Tous, du fait d’Adam, nous avons hérité du péché et nous connaîtrons la mort. Le nouvel Adam lui, vient pour ressusciter l’humanité. Par sa victoire sur la mort, le Christ rend aux hommes la vie et à Dieu son père la Royauté sur toute chose. C’est à Lui que Dieu à donner de soumettre toute chose et le Christ veut partager cette gloire à tout homme qui lui appartient. Si nous vivons pour le Christ, avec Lui nous ressusciterons pour entrer dans sa gloire. C’est là le sens de ces paroles reçues à notre baptême. Nous partageons sa dignité de prêtre, de prophète et de ROI.

Partager la Royauté du Christ, revient pour nous à combattre avec lui toutes les puissances du mal, soigner et visiter les malades, briser la solitude d’un laisser pour compte, d’un exclu, d’un étranger, épauler les plus faibles inquiets pour leur lendemain, donner l’espérance aux affligés, aux endeuillés, aux éplorés, etc. Chacun de nous, à quelque niveau que ce soit, peut et doit entrer dans cette lutte à travers les actes de miséricorde. Nous comprenons alors d’une autre manière cette injonction de Jésus : « soyez miséricordieux comme votre Père des Cieux est miséricordieux ». En d’autres termes, revêtez la Royauté de celui qui vous a fait rois.

La royauté du Christ se manifestera au milieu d’hommes et de femmes ressuscités, pleins d’amour et de miséricorde pour leurs frères. Cette humanité nouvelle que nous sommes appelés à constituer sera faite de brebis dociles à la voix du Bon Pasteur, qui mène ses brebis sur des prés d’herbe fraîche, vers les eaux tranquilles et qu’il conduit par le juste chemin pour l’honneur de son nom. A nous de nous y engager. 

Règne et commande en maître, Jésus, vrai Dieu, vrai Roi. Nous voulons nous soumettre, à ta divine loi. Que le refrain de ce cantique trouve un écho favorable dans nos cœurs et que notre vie soit témoignage à la Gloire du Christ Roi-Pasteur, Juge-Souverain et Roi-Vainqueur, lui qui règne aujourd’hui et toujours, tout Amour et Miséricorde pour les Siècles des Siècles. Amen


Abbé Marc-André MAWU-TION

Du Christ, le serviteur inutile.

Prêtre du Diocèse d'Abidjan

dimanche 15 novembre 2020


33 ème Dimanche du Temps Ordinaire — Année A


 Textes du jour :  Pr 31, 10-13. 19-20. 30-31  Ps 127 (128)   /  1Th 5,1-6  / Mt 25, 14-30

Frères et sœurs,

En ce 33ème dimanche du Temps Ordinaire de l’Année Liturgique A, la parabole sur les talents, suite de celle du dimanche dernier, aborde la question du Royaume des cieux. Si le dimanche dernier, Jésus attirait notre attention sur l’infidélité par insouciance, aujourd’hui, Il pointe du doigt l’infidélité par paresse ou par peur. De quoi est-il question ? 

L’évangile débute en présentant implicitement le Royaume des cieux comme un maître qui part en voyage. Il confie ses biens à chacun de ses serviteurs. Ce maître, c’est Dieu Lui-même qui, par son Fils, vient nous faire partager l’héritage des enfants de Dieu ; cet héritage  n’est rien d’autre que la Parole de Dieu que nous sommes appelés à rendre vivante dans notre vie de tous les jours. Cette idée d’héritage est mise en relief à travers les comptes faits par les serviteurs et les récompenses accordées par le maître. En effet, les biens que les serviteurs ont reçus et ont géré étaient leurs propres biens.

Cela dit, l’image du voyage représenterait la liberté accordée aux serviteurs, leur responsabilité et la confiance placée en chacun. Une responsabilité, une confiance personnelle et individuelle : « il donne à chacun selon ses capacités », nous dit l’évangile. Comme dirait l’autre, le maître dans l’évangile donne la viande à ceux qui ont des dents et la bouillie à ceux qui n’en ont pas. Tout compte fait, chacun des serviteurs a reçu et à même beaucoup reçu.

Oui ! Frères et sœurs, le talent constitue en réalité une forte somme. Car, dans la Grèce antique, il valait plus de 25 kilogrammes d’argent, soit six (6) mille drachmes. En utilisant l’image du talent, le Christ ouvre nos yeux sur les biens admirables et inquantifiables que le Seigneur donne gracieusement. Ces biens offerts par le Seigneur comprennent en premier lieu la foi. Mais aussi nos aptitudes acquises soit par l’éducation, soit par l’instruction, et nos aptitudes naturelles, liées à notre constitution génétique. Dans la vie de l’Église, ces aptitudes, ce sont les charismes à mettre au service de tous pour la bonne croissance de l’Église jusqu’au retour du Seigneur.

Ainsi, au retour du maître, les serviteurs sont convoqués pour rendre compte de leur gestion. Les deux (2) premiers sont heureux de faire l’état d’une croissance importante des sommes reçues : ils les ont doublées. L’évangile ne nous dit rien des mécanismes mis en place pour aboutir à un tel résultat. Il nous enseigne plutôt sur leur empressement à agir. Néanmoins, l’image de la femme parfaite dans la première lecture nous donne des pistes en la matière. Ils ne se sont pas endormis sur l’importance ou la beauté de leurs talents. Ils les ont mis en service. C’est pourquoi, à la fin, ils sont célébrés. 

C’est ce que n’a pas réussi le troisième serviteur. Le maître l’a traité d’infidèle, non parce qu’il a dilapidé ses biens, mais parce qu’il s’est érigé en juge de son maître. Pendant que ses amis présentent leurs œuvres, lui, ne rend que ce qu’il a reçu. Alors sa récompense sera le résultat de l’idée qu’il avait de son maître. Pour lui, son maître est dur et injuste. C’est un mauvais serviteur parce que, pour lui son maître « récolte là où il n’a pas semé ». Mais en fait, ce serviteur ne recherchait pas la prospérité du maître, mais plutôt sa propre sécurité, son propre confort. Je ne prends pas de risque. De la sorte,  je suis sûr que mon maître n’aura rien à me reprocher. Puisque le serviteur a vu le talent comme la source de sa perte, il lui sera retiré et donné à celui qui sait en profiter et en vivre. 

Chers frères et sœurs, chers parents, la parabole des talents nous renvoie à nous-mêmes dans notre façon de vivre notre vie chrétienne. La vivons-nous librement ou dans la peur ? Car si le troisième serviteur a enterré son talent, c’est parce qu’il avait peur. Une peur qui l’a tétanisé et entraîné sa paresse. Ainsi, cette parabole nous interroge sur le regard que nous portons sur Dieu.

Pourquoi Dieu nous a-t-il faits toutes ces faveurs et dans quels buts ? Comment pourrions-nous les faire fructifier vu que nous en sommes les héritiers et non pas seulement les intendants ou les gestionnaires ? Par conséquent, il nous faut prendre des risques, car nous avons une obligation de profits en vue de notre salut éternel. Avec nos pasteurs et dans la puissance de l’Esprit, nous devons mettre nos talents au service de l’Église, au service de notre paroisse. Car en fin de compte, c’est à nous-mêmes que nous faisons du bien. En remédiant l’attitude des deux premiers serviteurs, l’on comprend que le bienfait n’est jamais perdu ; il revient toujours à celui qui l’accomplit. 

Mes frères, mes sœurs, la parabole sur les talents nous donne de comprendre que la peur ou la honte ne doit pas servir de prétexte à la paresse spirituelle, à la paresse dans l’Église. Sinon, une vie chrétienne stérile sera notre lot, les pleurs et les grincements de dents seront notre héritage éternel.

« Ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants », nous dit saint Paul dans la deuxième lecture. Rester vigilant, c’est ne pas garder pour soi les richesses du Royaume. Il faut les mettre en service. À chacun de voir dans la panoplie des tâches à accomplir dans l’Église et dans le monde ce qu’il faut faire petitement, constamment, mais efficacement. Ne restons donc pas timorés. Le Seigneur nous attend.

Pour terminer, frères et sœurs, en ce 15 novembre, notre pays célèbre la paix. De plus, ce 33ème dimanche marque la célébration de la 4ème Journée Mondiale pour les Pauvres décrétée par le pape François. S’inspirant de Siracide 7, 32, le pape nous invite à leur tendre la main. C’est aussi un talent : être artisan de paix en prenant soin de plus petit que soit.

Demandons au Seigneur la force de lui rester fidèle sans peur dans la pratique des vertus humaines et spirituelles déposées gracieusement en nous, pour sa plus grande gloire et le salut du monde, maintenant et pour les siècles des siècles.

Abbé Marie Daniel AKON

Diacre du Diocèse d'Abidjan, Côte d'Ivoire

dimanche 8 novembre 2020


 32 ème Dimanche du Temps Ordinaire — Année A





 Textes du jour :  Sg 6 ,12-16   Ps 62 (63)   /  1Th 4,13-18  / Mt 25, 1-13



Frères et sœurs, 

L’année liturgique tire à sa fin et en ce 32ème dimanche, les textes nous invitent à pratiquer la sagesse divine car en ces temps qui sont les derniers, la fin d’une chose est mieux que son commencement. Autrement dit, c’est à la fin qu’on évalue la qualité d’une vie.

Dans la 1ère lecture extraite du Livre de la Sagesse, il est question de la sagesse. Cette sagesse, personnifiée, c’est-à-dire décrite comme une personne vivante, se révèle être la source du vrai bonheur. Grâce à elle, l’homme retrouve la paix du cœur, la perfection de la pensée et surtout sa dignité. Elle ne s’épuise jamais puisqu’elle tire sa source en Dieu. Celui qui la possède ne peut plus être comme les autres car il est toujours en avance dans la pensée. Et c’est la raison pour laquelle elle est le véritable trésor que tout homme doit rechercher. En ce sens, une vie de qualité serait une vie dictée par la sagesse et donc une vie dirigée par Dieu lui-même.

Dans l’Évangile selon Matthieu, cette idée se précise. La sagesse ici ne consiste pas à respecter des règles ou mettre en pratique le meilleur code du savoir-vivre ; elle consiste plutôt à faire le bon choix au bon moment. Faire le bon choix, c’est faire le bien et donc agir dans l’amour ; poser une action au bon moment, c’est agir avec vigilance.

Dans l’épisode des 10 vierges, nous pouvons dire plusieurs choses mais j’aimerais en retenir deux.

La première, c’est que vis-à-vis de la sagesse, nous avons la possibilité de faire un choix. Celui qui manque de sagesse est considéré comme un fou et un insensé parce qu’il compte sur ses propres forces tandis que celui qui vit de sagesse est prévoyant.

La seconde, c’est que malgré leur assoupissement, les vierges prévoyantes ont pu entrer avec l’époux. Malgré nos infidélités, nos faiblesses et nos fautes, rien n’est perdu !


La vie de sainteté à laquelle tous nous sommes appelés, ce n’est pas une vie sans chute, mais une vie où nous faisons l’effort de nous relever chaque fois que nous tombons. La beauté d’un pagne ne réside pas dans le fait que l’on ne l’a jamais porté mais plutôt dans le fait que même après l’avoir porté, il reste propre et beau parce qu’on le lave. Dieu sait très bien que nous ne sommes pas des anges. Cependant, il prend le risque de nous confier la suite de sa mission. Avec nos forces et nos faiblesses, gardons vive la flamme de la foi jusqu’au dernier jour. 

Cette flamme de la foi est aussi l’expression de l’amour. Un amour si fort que rien, pas même la mort ne peut vaincre. Dieu nous a tant aimés qu’il ne peut laisser la mort nous arracher à son amour. C’est pourquoi même si nous connaîtrons la mort, celle-là n’aura pas le dernier mot sur nous.

Dans la péricope de la 1ere lettre aux Thessaloniciens, Saint Paul nous rassure que c’est l’amour qui aura le dernier mot en ce que nous qui sommes restés fidèles à la parole de Dieu serons pour toujours avec lui. Cette parole d’espérance nous invite donc à croire et à savoir que c’est l’amour que nous avons pour Dieu qui nous conduira à lui. Autrement dit, plus cet amour est fort, plus nous serons proches de Dieu ; moins il le sera, plus, nous serons loin de lui.

Le conseil de ce dimanche pourrait donc se résumer en ceci : avec la lampe de l’amour de Dieu et l’huile de la vigilance, le sage garde toujours la flamme de la foi jusqu’au dernier jour !

Que Dieu nous remplisse de son amour pour que nous évitions de faire aux autres ce que nous ne voudrions pas subir pour nous même ! 


Abbé Jean-Chris Awoh,

Prêtre du Diocèse d'Abidjan, Côte d'Ivoire