By S. - En marche à la suite de Christ

(Blog chrétien - le carnet d'un pèlerin)

dimanche 21 mars 2021

5ème DIMANCHE DE CARÊME ANNEE B

 

Textes du jour : Jr 31, 31-34 / Ps 50 (51) / He 5, 7-9  / Jn 12, 20-33


 Mes frères et mes sœurs

 

            Pendant ma méditation de l’Évangile, j’ai été frappé par cette phrase : « nous voudrions voir Jésus. » Ce sont des Grecs, venus adorer Dieu à Jérusalem pour la pâque qui posent leur préoccupation à Philippe. Mais pourquoi font-ils une telle demande ?

 

            En fait, ça fait déjà plus de deux ans, que Jésus a commencé sa mission publique. Et il a fait d’énormes signes et prodiges. Le dernier en date était la résurrection de Lazare. Pour rappel, depuis le prophète Élisée, il n’y avait plus eu de miracle de résurrection. Donc les témoins de ce grand miracle de Jésus étaient tous dans la stupeur et l’admiration. Ils ont dû partager la nouvelle de ce grand prodige autour d’eux, de sorte que tout le monde parlait de Jésus. Si bien que lorsqu’il monte à Jérusalem pour la pâque, il est accueilli comme un grand prophète.

 

Nous comprenons donc bien que les juifs de la diaspora, les grecs dont il est question, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas sur le territoire de Jérusalem et aux alentours, veulent voir Jésus. Ils veulent mettre le visage sur le nom de celui dont ils ont entendu parler, ils veulent rencontrer l’auteur des prodiges et des merveilles, ils veulent voir Jésus.

Jésus est pour eux, une attraction, un sujet de curiosité.

 

Bien souvent, nous sommes comme ces grecs. Nous venons rencontrer Jésus à la messe, dans l’Eucharistie sans plus. Nous venons, parce qu’on nous a appris à venir à la messe. Nous venons parce que nous avons entendu qu’il fait des miracles. Nous venons pour nous faire bien voir de la société. Nous venons pour pouvoir avoir un sujet de conversation pendant la semaine :‘‘Tel a porté quelle paire de chaussures ? Ou, tel autre est venu avec une nouvelle voiture, ou encore celui-ci a fait tel don’’.

Notre voir Jésus est basé souvent sur des futilités.

 

Ces attitudes indignes du voir Jésus peuvent nous aider à comprendre la réponse qu’il fait à André et Philippe. A la requête des grecs qui veulent le voir, Jésus répond en disant : « l’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. » et il poursuit en disant : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. »

Que veut dire une telle réponse ?

Le mot « glorifier » ici, n’est pas en rapport avec le prestige mais est en lien avec Dieu. Et il signifie dans le contexte biblique, révéler la présence de Dieu. Donc en disant : « l’heure est venue où le fils de l’homme doit être glorifié », Jésus dit que l’heure est arrivée où le Fils de l’homme doit révéler Dieu tel qu’il est. Le moment est arrivé ou lui Jésus doit montrer le vrai visage du Père ; Où lui, verbe de Dieu doit dire qui est vraiment Dieu.

 

Cette réponse mise en rapport avec la demande initiale, nous introduit au cœur du mystère de ce jour. Jésus veut faire comprendre aux grecs qui veulent le voir parce qu’il fait des miracles, signes et prodiges, qu’ils doivent plutôt chercher à le voir parce que par sa vie, il révèle Dieu tel qu’il est.

L’on cherche à voir Jésus, pas parce qu’il peut faire quelque chose pour nous, mais parce qu’il nous montre Dieu.

C’est vrai que la première chose qui nous attire à Jésus, qui nous pousse à vouloir le voir, peut-être un miracle, une consolation, une parole qui nous a fait de l’effet. Ce qui doit nous faire rester en Dieu c’est que nous ne nous arrêtions pas au miracle, mais qu’à travers Jésus, nous rencontrions vraiment le visage du Père.

 

Rappelons-nous, dans l’Évangile de Jean, de la samaritaine qui était venu puiser de l’eau. Elle a rencontré Jésus, qui lui a parlé de sa vie et elle a vu en lui un prophète. Après cet échange qui bouleverse sa vie, elle repart sans sa cruche pour annoncer à ses frères qu’elle a vu le Messie. Ceux-ci après l’avoir rencontré, disent à la femme : « ce n’est plus à cause de ce que tu nous as dit que nous croyons : nous-mêmes, nous l’avons entendu, et nous savons que c’est vraiment lui le Sauveur du monde. »

 

Mes frères et mes sœurs, Jésus veut faire comprendre aux Grecs et à nous tous ce dimanche que ce n’est pas d’abord parce qu’il fait des miracles, des prodiges que nous devons croire en lui, mais parce qu’à travers lui, nous contemplons Dieu et que nous voyons tout l’amour qu’il a pour nous. Et c’est justement cet amour qui l’a conduit jusqu’à la croix pour tisser l’alliance nouvelle dont nous parle le prophète Jérémie dans la première lecture.

En effet, le prophète dit : « voici venir des jours, où je conclurai avec la maison d’Israël et la maison de Juda une alliance nouvelle… Cette alliance, je l’écrirai au plus profond d’eux-mêmes, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. »

 

L’expression « Alliance Nouvelle » ne se trouve qu’une seule fois dans tout l’Ancien Testament. Et Jésus-Christ qui est venu établir cette alliance nouvelle, quand il instituait l’Eucharistie, mémorial de sa mort et de sa résurrection dira : « cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. » C’est par ce sacrifice, symbolisé dans l’Évangile de ce jour par son élévation sur la croix, qu’il nous donne la vie. Qu’il établit l’Alliance Nouvelle qui fait de nous le peuple de Dieu.

 

En Définitive, se tourner vers celui qui nous a sauvé, vers le grain de blé qui est mort et qui donne du fruit, vers celui qui a été élevé et qui a donné son corps et son sang pour établir une alliance nouvelle avec son Père pour faire de nous le nouveau peuple de Dieu, c’est cela la vraie raison qui doit nous pousser à vouloir voir Jésus, à vouloir le rencontrer, à vouloir avoir une relation avec lui.

 

Mes frères et mes sœurs, demandons comme pain de ce jour au Seigneur, la grâce de vouloir le rencontrer, de vouloir avoir une relation avec lui, pas parce qu’il opère des miracles, mais parce qu’il nous aime jusqu’à donner sa vie et que nous aussi nous voulons l’aimer et vivre pour lui et avec lui. A lui la gloire pour les siècles des siècles

Abbé Joseph Milafany  Y.
Prêtre du diocèse d'Abidjan




dimanche 14 mars 2021

 

4ème DIMANCHE DE CARÊME ANNEE B

Dimanche de la joie

 

Textes du jour : 2 Ch 36, 14-16.19-23 / Ps 136 (137) / Ep 2, 4-10  / Jn Jn 3, 14-21


Frères et sœurs bien-aimés,

Pour nous permettre de vivre dans les meilleures dispositions cette seconde moitié du temps de carême, l’Église notre mère nous donne en ce 4e dimanche, une merveilleuse pause avec le dimanche de Laetare, c’est-à-dire le dimanche de la joie, qui est une note particulière dans notre temps de carême, puisqu’il nous laisse entrevoir la joie de Pâques, celle que procura le Christ ressuscité.

Aujourd’hui donc réjouissons-nous, oui réjouissons-nous dans le Seigneur, car il est miséricordieux et veut le salut de tous les hommes, malgré leurs faiblesses et leurs péchés.

 

La première lecture nous montre bien comment, en refusant d’accueillir cet amour gratuit de Dieu, l’homme s’éloigne de lui et s’égare dans son péché. Cela est bien illustré par l’histoire du peuple d’Israël, qui avait multiplié les infidélités en se détournant du véritable Dieu, pour imiter les sacrilèges des nations païennes. Malheureusement cela conduit ce peuple en exil, loin de sa terre.

Frères et sœurs, il est douloureux de constater que les choses n'ont vraiment pas changées ; nous n’avons pas appris de l’histoire, puisque le monde aujourd’hui est encore plongé dans les ténèbres, l’indifférence et l’incroyance. Oui le monde aujourd’hui a encore trop d’idoles et nous les connaissons bien : l’argent, le profit démesuré, la recherche à tout prix du pouvoir et de la vaine gloire, le plaisir de toutes sortes et chacun d’entre nous peut s’y reconnaitre ou compléter la liste. Oui mon frère, ma sœur, c’est quoi ton idole ? C’est quoi cette chose qui t’éloigne de Dieu et dont tu as du mal à t’en séparer ?

 

Le peuple d’Israël, pendant son exil se croyait abandonné, mais après 70 ans, voilà que la promesse de Dieu va s’accomplir : le peuple est pardonné et retourne à Jérusalem. Quelle joie ! Quelle exultation et quelle réjouissance pour ce peuple ! Nous pouvons aussi nous réjouir, car Dieu n’a pas changé, il est le même Dieu miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, qui veut le bonheur de tous ses enfants. Il ne nous enferme pas dans nos fautes du passé, mais nous invite à la véritable repentance pour le pardon de nos péchés. Saint Paul nous dit justement, dans la deuxième lecture de ce jour, que Dieu prend toujours soin de son Peuple, et il le fait par pure grâce. Il dit en effet : « C’est bien par sa grâce que vous êtes sauvés ». Nous ne sommes donc pas sauvés par nos mérites, mais par grâce. Nous devons donc rendre grâce au Seigneur pour toutes les grâces reçues de lui.

 

Bien-aimés, s’il est vrai que Dieu nous sauve par pure grâce, il reste néanmoins que nous sommes invités à nous disposer pour la recevoir. Oui malgré nos infidélités et nos péchés, nous devons désirer le salut et y croire, car personne n’est exclu du ciel tant qu’il est encore vivant. De fait, comme nous le dit Jésus lui-même dans l’Evangile de ce jour : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que par lui, le monde soit sauvé ». C’est dire ici que nous ne pouvons pas nous enfermer dans notre passé, aussi sombre soit-il, et laisser qu’il nous pourrisse, alors que Dieu, lui, nous pardonne. Ainsi, même si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur ; dans son amour miséricordieux, la seule chose qu’il attend de nous, c’est qu’en reconnaissant humblement nos péchés, nous travaillions pour revenir à lui de tout notre cœur.

 

Bien-aimés, dans cet extrait de l’Evangile, le Christ nous fait comprendre que le jugement que nous redoutons tant, ne vient pas de Dieu, mais de nous-mêmes ; ce sont nos œuvres qui nous jugeront. La finale de cet extrait est claire à ce sujet. Le jugement le voici : « la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré les ténèbres parce que leurs œuvres étaient mauvaises ».

Oui nous le savons, celui qui fait le mal ne vient pas à la lumière de peur que ses œuvres ne soient dénoncées. A chacun donc d’examiner son cœur, sa vie et ses œuvres pour voir s’il est fils de lumière ou fils de ténèbres. Dans tous les cas Bien-aimé; il ne se fait pas encore tard. Puisque tu es encore vivant, tu peux tout recommencer, balayer les aspects sombres de ta vie passée et repartir à zéro avec le Christ.

 

Ouvrons nos yeux pour accueillir la lumière qu’apporte le Christ en ce moment privilégié de notre vie. Laissons-le diriger, conduire, guider le volant de la barque de notre vie et ayons foi en lui, car il ne nous trompera jamais, est fidèle maintenant et pour les siècles des siècles. Amen !


Abbé Charles AKITIO

Diocèse de Bafoussam-Cameroun





dimanche 7 mars 2021

 

3ème DIMANCHE DE CARÊME ANNEE B

 

Textes du jour : Ex 20, 1-17 / Ps 18b (19) / 1 Co 1, 22-25  / Jn 2,13-25 


Chers frères et sœurs, après nous avoir conduits au désert, puis sur la montagne de la Transfiguration, le Christ veut nous montrer en ce troisième Dimanche de Carême que le véritable temple où Dieu fait sa demeure, c’est Son Corps, par ricochet le corps de tout chrétien. Le lieu où Dieu établit sa demeure, c’est le chrétien en relation avec l’Église Universelle, en relation avec l’église paroissiale, pour impacter positivement la société. 


Ainsi, notre méditation voudrait partir de l’appel universel à la sainteté par le respect des commandements en passant du regard posé sur Jésus Temple Nouveau pour aboutir à la mission  du chrétien dans le monde.

 

Premier point : appel universel à la sainteté par le respect des commandements surtout celui du repos sacré

 

L’homme, dans la pédagogie divine, a toujours bénéficié des prévenances de l’amour du Seigneur. Dieu le Père, dans son dessein, a toujours voulu que nous soyons saints comme Lui-même est Saint. C’est pourquoi dans la première Lecture, Il a donné au peuple d’Israël des normes, des lois pour réguler son agir et l’aider à marcher à sa suite.


Voilà le sens du Décalogue, les dix (10) paroles du Seigneur. Plus que de simples formules ordonnant ou interdisant, il s’agit d’une charte d’alliance qui a pour fondement la reconnaissance de Dieu comme l’Unique, afin qu’en Le reconnaissant comme Tel, l’homme puisse l’imiter dans son vécu de tous les jours. Présente dans l’Arche, cette charte était le signe de la Présence de Dieu au milieu de son Peuple.

En retour, le respect des commandements est une réponse de l’homme à l’amour de Dieu. De ce fait, l’observance du repos du sabbat doit se comprendre comme participation à l’œuvre divine, une participation de toute la création, l’homme et les bêtes.


Aujourd’hui encore, une telle participation nous est demandée ; elle est même obligatoire pour nous chrétiens. Car le Christ n’a pas aboli le repos sacré : Il l’a porté à son achèvement quand Il est ressuscité le dimanche, premier jour de la semaine. En réalité le repos juif ou Sabbat, c’est le samedi. Jésus, par sa Résurrection, a établi le Dimanche comme jour de la Nouvelle Création, comme moment privilégié de la rencontre avec Lui.

Mais aujourd’hui, que faisons-nous du dimanche? Quelle est sa valeur pour nous chrétiens ? Oui, il est vrai que l’idée de repos est contenue dans le dimanche, mais de quel repos est-il question ? Est-il un repos qui nous fasse oublier la Messe pour nous consacrer entièrement aux loisirs ? Et même la Messe anticipée a été placée pour nos frères et sœurs qui en raison de certaines tâches ne peuvent pas participer à la Messe dominicale.

Mes frères, mes sœurs, le Dimanche c’est le Jour du Seigneur, le jour où nous venons puiser des forces neuves pour notre marche à sa suite. Redonnons toute sa place au Dimanche afin qu’il reste un repos pour le corps à cause du Seigneur, le corps qui est son sanctuaire, sa demeure, nous dit Jésus dans l’évangile de ce jour.

 

Deuxième point : Regard posé sur Jésus Temple Nouveau de la nouvelle alliance

 

 Le lien entre Corps et Temple est mis en relief à travers la célèbre scène de Jésus au Temple de Jérusalem. Le Temple est considéré par les Juifs comme le lieu par excellence de la présence de Dieu. Jésus y entre, se met en colère et chasse les commerçants en s’écriant : Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. La vue du spectacle désolant qui a transformé la maison de son Père en Foire commerciale, ne pouvait que susciter une telle réaction de sa part. Jésus a compris que la maison de Dieu a perdu son sens véritable pour devenir un lieu de trafic et de négoce.

Heureusement que ce spectacle n’est pas visible dans l’Église Catholique. Pas besoin de sacrifice inutile de bœufs et de brebis. L’Unique Sacrifice, c’est le Christ, l’Agneau Immolé pour la rémission des péchés comme l’a dit Jean-Baptiste. Par son unique sacrifice, il venait remplacer tous ces sacrifices qui n’effaçaient pas les péchés.  Ainsi sa réponse « Détruisez ce sanctuaire et en trois (3) jours je le relèverai » trouve tout son sens.

Jésus ne parle plus de temple, mais de sanctuaire. Jésus ne met plus l’accent sur l’édifice aussi beau qu’il soit, avec ses parvis, ses cours, et autre. Mais plutôt sur le sanctuaire, sur le saint des Saints ; Il parlait du Lieu de la Demeure de Dieu ; Là où Dieu siège avec l’Arche de l’Alliance. Jésus est le Temple Nouveau, c’est-à-dire le sanctuaire, la charte de la Nouvelle Alliance, la Présence de Dieu en ce monde. Il nous faut Le regarder exposé sur la Croix et sur le visage de notre semblable.

Voilà frères et sœurs, la folie de Dieu, la valeur du Corps du Christ qui rend caduc tout lieu de culte avant Lui. Ainsi, la présence de Dieu n’est plus un édifice, mais est une Personne. C’est un Corps, le Corps de Jésus Vivant à jamais. C’est ce qu’Il annonça à la Samaritaine quand Il disait « L’heure vient où ce ne sera ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père ». Raison pour laquelle toute la liturgie de l’Église n’existe et ne se déploie qu’autour de ce Corps. Il est en même temps l’église paroissiale qui accueille ce Corps ; Il est l’Autel sur lequel ce Corps est célébré; Il est le Pain, l’Eucharistie ; Il est aussi le Tabernacle. Mais au-delà, par le baptême, Il est chaque chrétien marchant et vivant sur terre. Par conséquent, tout chrétien devient à son tour, et c’est le plus important, Temple nouveau, sanctuaire de la présence divine.

 

Troisième point : le chrétien, un Jésus vivant et agissant au cœur du monde. 

 

Le chrétien vit et agit au cœur du monde à partir des commandements divins. Jésus ne les a pas abolies. Il les a conduits à leur achèvement c’est-à-dire, qu’avec Jésus les commandements ne doivent plus être compris comme un ensemble de normes extérieures qui obligent ou contraignent, mais plutôt comme une éthique, un comportement, un style de vie qui pousse le chrétien à vivre comme Jésus Lui-même aurait vécu. Qu’est-ce à dire ?

Ø  

Si Jésus était un chef d’entreprise par exemple en ce 21ème siècle, respectant le commandement Tu ne convoiteras pas le bien d’autrui, Il n’allait jamais spolier son employé en le privant de son dû, de son salaire.

Ø  

Si Jésus était un haut fonctionnaire de l’État, Il ne commettrait pas de vol en détournant les richesses de son peuple ou en faussant le droit et la justice.

Ø  

Si Jésus était un homme marié ou une femme mariée, Il ne convoiterait pas la femme ou le mari de son prochain.

Ø  

Si Jésus était là, présent de chair et d’os en ce 21ème siècle, fils de Marie et de Joseph, Il allait les honorer et les respecter malgré leur modeste condition de vie.

Ø  

Et si Jésus était un prêtre comme moi, garant du salut de ses frères et du sien, Il sanctifierait le Jour du Seigneur, en célébrant l’Eucharistie comme si c’était Sa dernière Pâque. À partir de cette pleine sanctification, Il serait toujours là pour écouter, consoler et guider, Lui le Bon Pasteur.

Mais en vérité Jésus n’est-Il pas tout cela ? Il a dit je serai avec vous jusqu’à la fin des temps. Comment est-Il avec nous aujourd’hui si ce n’est aussi par ce mode sacramentel ? Sacrement de l’Eucharistie, oui, mais présence à travers chacune de nos personnes. Jésus, aujourd’hui, c’est le baptisé qu’il soit prêtre, étudiant, chef d’entreprise, femme ou homme au foyer, ouvrier, pauvre, riche. Le Corps de Jésus, c’est aussi l’autre, la servante battue et maltraitée, l’orphelin, la veuve, qui ont besoin de notre regard compatissant et de notre charité.


Mes frères mes sœurs, en ce troisième dimanche de Carême, c’est le lieu d’entrer en nous-mêmes et de nous demander : suis-je réellement un Jésus marchant et vivant en ce monde dans tout ce que je fais ? Analysons-nous ! Et si le Christ n’est plus en nous, prenons le fouet de la conversion véritable, chassons tout ce qui ne confesse pas son Nom ! Recherchons-Le, pour sa plus grande gloire, Lui qui règne maintenant et pour les siècles des siècles. 


Abbé Marie Daniel AKON

Prêtre de l' Archidiocèse d'Abidjan, Côte d'Ivoire



dimanche 28 février 2021

 

2ème DIMANCHE DU TEMPS DE CARÊME ANNÉE B

 

Textes du jour : Gn 22, 1-2.9-13.15-18 / Ps 115 (116 b) / Rm 8, 31b-34 / Mc 9, 2-10      

   

Chers frères et sœurs, en ce 2ème dimanche du Temps de Carême, les textes liturgiques sont traversés par le mot fils. Dans la première lecture, c’est sur Isaac, le fils unique d’Abraham que notre regard se tourne. Ensuite, dans la seconde lecture, Saint Paul nous présente le Christ, Fils de Dieu, comme expression de son amour pour nous. Enfin dans l’évangile, Jésus, Fils de Dieu manifeste sa gloire aux yeux de ses disciples.

         Cependant, au-delà de cet accent mis sur la figure du fils, c’est surtout l’invitation à écouter la voix du Seigneur, la Parole du Seigneur qui doit retenir notre attention en ce 2ème dimanche de Carême. Car si Abraham n’a pas craint de sacrifier son fils Isaac, c’est parce qu’il a écouté la Voix du Seigneur qui l’y invitait. Il avait foi que cette voix qui lui avait demandé un jour quitte ton pays, qui lui a dit par la suite je te donnerai une descendance, ne pouvait ni se tromper et ni le tromper. Alors il gagnerait à L’écouter, car par Elle, il croyait assurément que d’une manière ou d’une autre son fils lui serait rendu.


Mes frères, mes sœurs, si Paul nous montre le Christ comme objet de l’amour inconditionnel du Père, c’est pour nous inviter à regarder vers Celui qui est assis à la droite du Père. Et comment Le regarder, si ce n’est que par l’écoute de Sa Parole ?

C’est pourquoi dans l’évangile, le Seigneur nous commande d’écouter son Fils. Pourquoi devons-nous L’écouter ? Et comment pourrions-nous L’écouter aujourd’hui ?

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ». Ce commandement divin au trois (3), c’est à nous qu’il s’adresse aujourd’hui. Celui que vous avez vu transfiguré, c’est mon Fils, resplendissement de ma gloire éternelle, écoutez-le.

Vous devez l’écouter car Il récapitule en Sa Personne, la Loi et les prophètes, matérialisés par la présence d’Elie et de Moïse.

Écoutez-le parce qu’en Lui se trouve la vie. Il vous a annoncé sa souffrance et sa mort prochaines (Mc 8, 31-38), mais celles-ci sont en fait chemin de glorification et de salut.

Mes frères et sœurs, il nous faut écouter le Christ Jésus pour transfigurer avec Lui et comme Lui.

Écoutez-Le,  car comme Pierre, Jacques et Jean à la vue de ce qu’Il est dans sa gloire, vous comprendrez que le salut n’est qu’en Jésus. C’est sûrement le sens de la disparition d’Elie et Moïse. Lorsque la Voix du Père a retenti, il n’est resté que Jésus tout seul, pour que nous n’ayons pas à nous tromper de personne.

Mais comment écouter la Voix du Fils aujourd’hui ? Comment la distinguer au milieu de milieu de tant d’informations, de bruits, de chansons, d’annonces ? Comment percevoir la Voix du Fils au milieu de tant de voix qui semblent plus forte et comme emprisonnant la Parole de Dieu ? Mais avant, qu’est-ce que « écouter le Fils » ?


Écouter Jésus, c’est nous ouvrir au salut que Dieu nous offre. Alors pour nous ouvrir au salut offert, c’est, comme Abraham, préférer le Seigneur à tout autre chose. Cela ne signifie nullement abandonner notre famille, notre travail, nos biens matériels. Cela signifie les considérer comme reçus de Dieu et les mettre au service de la communauté humaine. Cette mise en service passe par la disponibilité envers le prochain qui sollicite notre secours ou qui même s’il ne le sollicite pas témoigne un manque.


Écouter Jésus Fils de Dieu, c’est entrer dans le dessein de Dieu à travers toutes nos tâches humaines. Dans ce cadre, écouter le Christ consisterait à travailler honnêtement, à fuir la corruption sous toutes ses formes. Écouter la Voix du Seigneur, admet, et à juste titre, la ponctualité à son bureau ou à son commerce. C’est aussi et surtout la fidélité à son épouse et à son époux, l’amour des parents envers leurs enfants et vice-versa. Aimer son enfant, ce n’est pas le laisser faire ce qu’il veut ; le laisser poser des actions répréhensibles. Non ! C’est surtout lui apprendre le bien et le mal ; et l’entraîner à rejeter le mal.


En un mot, écouter la Voix de Jésus, c’est ouvrir sa Bible pour y trouver la nourriture pour notre âme, la nourriture pour notre vie sur la terre. C’est pourquoi, il nous faut absolument trouver des moments de prière, des temps où nous nous retirons dans la pièce la plus retirée de notre chambre, c’est-à-dire notre cœur pour y trouver Dieu.

Sans ce retour à soi-même pour y trouver Dieu, il nous sera bien difficile d’entendre Dieu nous parler. Et il est vrai aussi que Dieu ne nous parlera peut-être pas avec une voix humaine, où nous distinguerons comme Abraham ou Samuel les paroles. Mais ses paroles pourraient nous apparaître comme des motions de l’Esprit, le murmure d’une brise légère qui nous rassureront devant une situation ou nous conforteront face à une prise de décision.

Il faut alors créer des temps de silence, afin de lutter contre ce matérialisme ambiant qui emporte nos efforts de conversion et nous entraîne dans le brouhaha de l’existence ; ce matérialisme qui nous broie et nous transforme à la fin en loques humaines. Ces temps de silence pourraient se dérouler dans la méditation du chapelet, afin d’être toujours scotché à Jésus par Marie.

 

Écouter la voix du Seigneur aujourd’hui, c’est marcher en Sa présence, en homme vivant, convaincu de sa foi chrétienne.

 

Que Dieu nous garde ! Fructueux temps de Carême 2021 !


Abbé Marie Daniel AKON

Prêtre de l' Archidiocèse d'Abidjan, Côte d'Ivoire









dimanche 21 février 2021

 Récollection de carême (partie 3)

 

Le Carême,

Moment favorable pour prendre soin de soi et des autres. 


Pour accéder à 

la partie 1 de l'enseignement, cliquez sur le lien ci-après Récollection de carême - partie 1 (Introduction)

à la partie 2 de l'enseignement, cliquez sur le lien ci-après Récollection de carême - partie 2 (prendre soin de soi)


II)              Prendre soin des autres

 

Prendre soin des autres, c’est être attentif à leur besoin et dans la mesure de nos possibilités, travailler à leur venir en aide.

Cela passe en ce temps de carême à veiller sur la santé des autres et à faire d’eux la cible de nos actions caritatives.

 

1)   Veiller sur la santé des autres

 

Prendre soin des autres commence également en cette situation de covid19, par prendre soin de leur santé.

Prendre soin de leur santé, c’est s’assurer que, je ne suis pas celui par lequel, l’autre peut tomber malade. C’est aussi, sensibiliser, car prévenir est mieux que guérir.

Veiller sur la santé des autres est déjà remarquable, le Seigneur nous demande également d’être attentifs aux besoins des autres.

 

2)   La pratique de la charité comme moyen par excellence de prendre soin des autres

 

Le carême nous donne également l’occasion de pratiquer de manière plus intense la charité, ce moyen par excellence pour prendre soin des autres.

Je voudrais retenir trois points qui pourront nous aider pour notre carême 2021 :

ü la fraternité humaine,

ü venir en aide à nos frères et sœurs

ü et construire un monde plus fraternel et plus juste.

 

La première des choses, qui nous permettra de prendre soin des autres, c’est de nous reconnaître tous comme des frères et des sœurs.

 

a)    La fraternité universelle

 

Aujourd’hui, de plus en plus, l’homme a moins conscience que celui qui est en face de lui est aussi une personne humaine avec qui il partage l’humanité. Autour de nous, tout est fait pour circonscrire l’homme dans un cadre qui exclut la plupart des autres.

Sans critiquer le bien qui en ressort, aujourd’hui les réseaux humains se veulent fermés. Nous mettons des barrières pour empêcher les gens de se rencontrer. Les riches ont leur monde, les classes moyennes ont le leur et le reste du peuple, parce que pauvre, en a un autre.

Nous regardons l’homme, et à son aspect physique, à son habillement, à son smartphone ou à sa voiture, nous le rangeons dans l’une ou l’autre catégorie. Et nous nous imaginons avoir des rapports ou non avec l’autre en fonction de son compte bancaire ou de sa position sociale. Ainsi, je suis fier de dire que j’ai pour oncle tel ministre qui en réalité n’a aucun lien de sang avec moi, mais je dis tête baissée que je ne connais pas un tel, parce que pauvre, lui qui pourtant est vraiment mon sang.

Par ailleurs, nos clôtures domestiques reflètent bien souvent les clôtures de nos cœurs, avec caméra et détecteur de position sociale pour être sûr que celui qui y trouve place est de la même classe sociale que moi ou appartient à la classe supérieure. Et nous oublions qu’en fait devant Dieu nous sommes tous frères et sœurs. A ce titre il ne devrait pas avoir de différence entre nous.

Dans l’Eglise, nous nous appelons frères et sœurs, mais le pensons-nous vraiment ? Voyons-nous l’autre comme un frère, comme une sœur ?

Nous commencerons véritablement à prendre soin des autres, quand nous accepterons que tous nous sommes frères. L’autre, cet être vil qui me persécute est aussi mon frère, de même, à contrario, cette personne que je persécute est aussi ma sœur.

Étant frères et sœurs, nous avons l’obligation de nous aider.

 

b)    Venir en aide à mon frère

 

Prendre soin de l’autre qui est mon frère et ma sœur, c’est, étant conscient de son problème, lui venir en aide sans rien espérer en retour.

Jésus disait en Luc 10, 30-37 « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort. Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté. De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté. Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion. Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.” Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? » Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »

Frères et sœurs, souvent, devant nos frères qui souffrent nous nous comportons exactement comme le prêtre ou le lévite. Nous regardons de l’autre côté, nous cherchons des excuses souvent même dans notre religion pour ne pas prendre soin de l’autre qui souffre.

Jésus nous prescrit de venir en aide à celui qui souffre après avoir identifié son besoin. Venir en aide, c’est lui donner quelque chose qui peut soulager sa souffrance.

Observons l’attitude du samaritain, qui avait toutes les bonnes raisons de lui aussi regarder ailleurs : il pansa les blessures, le chargea sur sa propre monture et conduisit dans une auberge, paya pour qu’il puisse être soigné.

A celui qui faim on ne tend pas un bâton. On donne à manger. Le temps de carême est un temps concret où on apprend à identifier les besoins de nos frères et sœurs et à venir à leur aide selon nos moyens.

Prendre soin de l’autre, c’est aussi construire un avenir meilleur dans lequel il pourra vivre.

 

c)     Construire un monde plus fraternel et plus juste

 

Notre pays et le monde entier ont été choqué par la mort de Ani Guibahi Laurent Barthélémy, âgé de 14 ans voulant se rendre en France dans l’espoir d’un avenir meilleur. Il est mort de froid dans le train d’atterrissage d’un avion reliant Abidjan à Paris.

A côté de cela on raconte qu’aujourd’hui plusieurs parmi ceux qui sont chargés de rendre la justice, la rendent en faveur des plus offrants sans tenir compte de leur impartialité. Il se dit aussi que plusieurs parmi ceux qui sont chargés des concours publics, vendent l’admission à des prix d’or dans l’ignorance totale de l’ordre du mérite.

Aussi, c’est tous les jours qu’on accuse à tort ou à raison ceux qui sont chargés de faire respecter les lois. Il est dit d’eux qu’ils protègent et défendent des hors la loi moyennant compensation financière.

On dit également que dans notre société, selon « qui tu es » ou selon tes entrées, tu peux bafouer le droit de l’innocent sans risque de te voir inquiéter. Et si ce dernier a quelques velléités de faire valoir ses droits, il peut terminer en prison. Le juste que l’on persécute est déclaré coupable. Et pour couronner le tout on dit même que les personnes morales, comme les guides religieux, sont corrompues et prêchent la Bonne Parole et donnent les bénédictions selon que tu t’appelles Pierre-Paul ou Paul-Pierre.

En fait ce contexte social est symptomatique d’une société en crise. Et nous chrétiens, nous devons aider à la construction d’une société plus juste et plus fraternelle où l’autre qui est mon frère peut vivre en toute quiétude.

Il ne nous est pas demandé de détourner notre regard et de dire « si depuis toujours l’aiguille de la montre tourne de gauche à droite, ce n’est pas moi qui vais changer. » Or l’aiguille de la montre tourne en principe de la droite vers la gauche. Il ne s’agit pas non plus de dire : « je suis venu trouver ça comme ça, moi aussi je vais prendre pour moi et partir. » Il s’agit plutôt à l’humble niveau où je me situe dans la chaîne, de combattre l’injustice sous toutes ses formes pour que demain, mon frère puisse trouver un monde plus juste.

Il s’agit de laisser mes valeurs chrétiennes m’imprégner jusqu’à dans ma profession. Car je suis chrétien les jours pairs et chrétiens également les jours impairs. C’est à ce prix, que nous bâtirons une société plus fraternelle pour nos frères qui en ont besoin.

 

 

Conclusion

 

Je voudrais terminer en nous rappelant, que le carême 2021, ne doit pas être un carême de plus dans ma (notre) plus ou moins longue vie de baptisés. Mais il doit être un carême qui me donne l’occasion de prendre soin de moi, de ma santé physique et de ma santé spirituelle en étant plus proche de Dieu par la prière permanente. Il doit aussi être un carême qui me donne l’occasion de prendre soin des autres en les considérant comme mes frères, en leur apportant de l’aide selon mes possibilités sans détourner le regard et en contribuant à construire un monde plus juste et une société plus fraternelle.

 

Que le Seigneur nous y aide et que la gloire lui revienne, lui qui règne pour les siècles des siècles.

Par 

l' Abbé Joseph Milafany  Y.
Prêtre du diocèse d'Abidjan